A Ensisheim, certains sont enfermés depuis plus de vingt ans. Parmi la dizaine d’établissements pénitentiaires français à accueillir des détenus condamnés pour de longues peines, la maison centrale alsacienne, qui vient de connaître une nouvelle prise d’otage, a la réputation d’héberger plusieurs tueurs en série.

C’est dans le Haut-Rhin que sont ainsi emprisonnĂ©s Francis Heaulme, Michel Fourniret ou Guy Georges. « C’est un profil des dĂ©tenus d’Ensisheim, parce qu’on a Ă©galement eu des terroristes basques, corses ou d’ Action directe, complète David Daems, surveillant entre 2001 et 2007. Mais aussi des figures du grand banditisme ou d’autres meurtriers. »

Un peu moins de 200 détenus, dont des violeurs ou des tueurs en série

« Ce n’est pas le seul cas de figure, mais pas mal de gens sont effectivement là pour des crimes sexuels et de sang, c’est d’ailleurs le profil de deux des trois preneurs d’otage », confirme le procureur de la République de Colmar, Christian de Rocquigny. Un peu moins de 200, les détenus d’Ensisheim sont forcément gardés sous haute sécurité.

« La plupart ont des années de boutique derrière eux, au sein de différentes structures », ajoute David Daems, secrétaire national du syndicat Force Ouvrière des personnels de surveillance. Condamnées pour cinq ans au minimum et parfois à perpétuité, les personnes emprisonnées à Ensisheim sont pourtant loin d’être les plus agitées.

Les prisons longues peines pourtant plus calmes que les autres

« Ce sont des établissements extrêmement calmes d’une manière générale, complète ce gardien désormais en région parisienne. En majorité, ils veulent faire leur peine sans aller au-delà et se projettent assez loin. Ils sont moins impulsifs, moins bruyants. Il n’y a pas ou peu d’incidents. Mais quand il y en a, ils sont en revanche plus importants ! »

Leurs profils demandent une prise en charge particulière. Sans surpopulation, avec des cellules quasiment toutes individuelles et des moments collectifs – promenades, activitĂ©s ou travail – en plus petits groupes. « Cela implique notamment un plus grand questionnement sur leur Ă©volution psychique », illustre encore le procureur.

« Dimanche, un binôme de deux gardiens aurait pu permettre d’éviter ça »

De par son histoire et ses structures anciennes, Ensisheim accueille donc des détenus à risque et parfois vulnérables, mais pas les plus dangereux du côté des tentatives d’évasion. « Parce qu’ils n’ont pas trop de réseau extérieur », justifie David Daems, venu sur place cette nuit pour venir soutenir ses collègues marqués par la prise d’otage.

C’est la quatrième depuis 2010, moins d’un an après celle d’un psychologue par un détenu condamné entre-temps à huit ans de prison supplémentaires. « Les collègues se sentent abandonnés par l’administration, rebondit le syndicaliste. La plupart ont connu les quatre. A chaque fois, le garde des Sceaux a fait des promesses, mais on n’a rien vu venir. »

Au nombre de 120 pour 200 détenus, les surveillants d’Ensisheim ne s’estiment pas forcément assez bien lotis en cas de crise. « Il faudrait doubler les étages pour permettre des interventions plus rapides, car les 20 premières secondes sont déterminantes, estime David Daems. Dimanche, un binôme aurait peut-être pu permettre d’éviter ça. »

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