Les Gendarmes et les Voleurs ont rarement aussi bien portĂ© leur nom. Cette annĂ©e encore, deux dĂ©tenus de la maison d’arrĂŞt de Nice Ă©taient parmi le millier de coureurs au dĂ©part du 32 kilomètres des « GVT », une course organisĂ©e par la Gendarmerie. RĂ©cit.«Magique ». Le mot revient sans cesse dans la bouche de Romain et Anthony (*). Quelques minutes après leur arrivĂ©e, les deux jeunes hommes traĂ®nent au milieu du village-course. L’air de rien. Libres comme vous et moi. Seuls quelques plaisantins, dĂ©guisĂ©s en bagnard, viennent leur rappeler leur quotidien carcĂ©ral. Mais ceux qui vivent entre quatre murs « 22 heures sur 24 », comme le rappelle Romain, savourent l’instant. Pas peu fiers d’avoir bouclĂ© leur tout premier trail en un peu plus de 3 heures et 30 minutes.

Une rĂ©elle performance pour ces nĂ©o-sportifs qui s’entraĂ®nent depuis seulement 7 mois. « On les a choisis pour leur comportement, explique David Barrois, moniteur de sport Ă  la maison d’arrĂŞt de Nice et Ă  l’origine du projet. On observe comment les dĂ©tenus se comportent sur le terrain avec nous, on ne leur parle de rien, on fait une sĂ©lection de 10-15 personnes et après on regarde en fonction de leur peine pour limiter le risque d’Ă©vasion. »
L’entraĂ®nement dans la minuscule cour de prison concoctĂ© par David Barrois, qui avait des airs de grand frère, ce week-end Ă  Ambazac, a donc portĂ© ses fruits.
On tourne en rond pendant deux heures en changeant de sens toutes les vingt minutes afin d’Ă©viter de traumatiser un seul et mĂŞme cĂ´tĂ©, explique Romain. Et puis il faut aussi faire attention aux tirs des gars qui jouent au foot Ă  cĂ´tĂ©. 
Dans une maison d’arrĂŞt surpeuplĂ©e, Romain et Anthony passent souvent pour des fous. « Les jeunes prĂ©fèrent jouer au ballon que courir », commente le second avec un bel accent chantant. « C’est vrai qu’ils nous regardent bizarrement parfois », ajoute Romain. Mais en courant, les deux dĂ©tenus oublient tous leurs soucis du quotidien. Mettent entre parenthèses les Ă©preuves d’un milieu carcĂ©ral souvent intraitable. Et cela vaut bien la peine de passer pour des fous.

Les paysages des Monts d’Ambazac ont Ă©galement fait leur petit effet. Si Anthony avoue, dans un large sourire communicatif, que « ça fait quand mĂŞme loin de Nice », mais qu’il a « l’habitude d’ĂŞtre enfermĂ© alors ce n’est pas la voiture qui va le dĂ©ranger », les deux compères en ont pris plein la vue. « Le paysage Ă©tait magnifique », continue le jeune homme de 29 ans qui purge une peine de deux ans. De son cĂ´tĂ©, Romain a regoĂ»tĂ© Ă  quelques plaisirs simples pourtant loin d’ĂŞtre anecdotiques : « C’est peut-ĂŞtre con, mais quand tu es dehors comme ça, tu respires diffĂ©remment. Tu oublies tout en prison. LĂ  tu peux toucher des arbres, des feuillesÂ… Cela ne m’Ă©tait plus arrivĂ© depuis sept mois ! » Autant dire une Ă©ternitĂ©.
« Je n’avais pas touchĂ© d’arbres depuis sept moisÂ… »

Mais le calvaire est bientĂ´t terminĂ© pour le grand bonhomme de 35 ans qui devrait ĂŞtre remis en libertĂ© d’ici trois semaines. Lui qui a beaucoup voyagĂ© de par son emploi de manager dans de prestigieux restaurants Ă  New-York ou Singapour a hâte de quitter sa cellule et retrouver sa vie d’avant. Avec la course Ă  pied comme nouvelle passion. « Je n’avais jamais fait de course avant ce challenge mais je me suis pris au jeu et j’aimerais faire le marathon de Nice ou de Paris », avance Romain, dĂ©terminĂ©. Comme si les deux dĂ©tenus avaient choisi le sport comme Ă©chappatoire dans un premier temps, avant d’en ĂŞtre devenus accro.

Avant les Gendarmes et les Voleurs de Temps, Anthony a ainsi dĂ©jĂ  participĂ© aux 10 kilomètres de la Prom’Classic Ă  Nice, toujours dans le cadre de sa rĂ©insertion, et envisage de rĂ©aliser l’Ironman de Nice après le marathon Nice-Cannes qu’il prĂ©pare Ă©galement. « Il m’est toujours arrivĂ© des trucs nĂ©gatifs dans ma vie alors que lĂ  ce n’est que du plaisir quoi, avance Anthony. L’ambiance est incroyable, on ne se connaĂ®t pas mais on s’encourage, on se dit « allez ne lâche pas »… ».
Et s’il y en a bien une qui devait lui crier « allez ne lâche pas » depuis le Var, c’est sa petite fille de 3 ans, qui attend patiemment de retrouver son papa. « J’ai couru pour elle aujourd’hui (dimanche, ndlr). Je sais qu’elle suivait mon temps avec sa mère sur internet », raconte le dĂ©tenu, dont la douleur au talon droit semble effacĂ©e par ce qu’il vient d’accomplir. Une aventure sportive qui a redonnĂ©, aux deux dĂ©tenus, le goĂ»t de la vie. La vraie.
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