đŸ‡«đŸ‡·Peut-on cautionner ce Reportage TV France 5 : « Matons violents : la loi du silence »

La camĂ©ra ne nous fait pas franchir les murs de la prison, mais parvient Ă  nous faire dĂ©couvrir une rĂ©alitĂ© que personne ne semble vouloir regarder en face, celle des violences de surveillants Ă  l’égard de personnes dĂ©tenues. La seule incursion en dĂ©tention que nous permet ce documentaire aura lieu Ă  l’occasion d’une visite bien formelle de NoĂ«l MamĂšre oĂč l’on constate que l’homme allongĂ© sur la couchette de sa cellule d’un quartier disciplinaire prĂ©fĂšre ne pas rĂ©pondre aux questions du dĂ©putĂ©, de peur d’aggraver son cas
 Ce qu’il se passe derriĂšre les barreaux doit y rester.
Bien sĂ»r, ces mauvais traitements ne sont pas la rĂšgle Ă  l’abri des miradors. La journaliste Laurence Delleur ne cherche pas Ă  nous emmener sur ce terrain. Son documentaire nous fait en revanche prendre conscience de la puissance de la loi du silence.

Il n’est dĂ©jĂ  pas aisĂ© pour un citoyen libre de se lancer dans une procĂ©dure contre les institutions en cas de violence de la part d’un policier ; pour un dĂ©tenu dont la parole est dĂ©valorisĂ©e, qui reste nuit et jour soumis Ă  la personne ou l’institution qu’il voudrait dĂ©noncer, c’est trĂšs difficile.

« Je ne suis pas un citoyen, je suis quelque chose d’autre, sur le cĂŽtĂ© », tĂ©moigne cet ex-dĂ©tenu de la prison de Nancy dont la plainte a Ă©tĂ© classĂ©e sans suite par le procureur. Des scĂšnes d’une violence inouĂŻe sont rapportĂ©es, quand ce n’est pas une succession d’humiliations. La contrĂŽleuse gĂ©nĂ©rale des lieux de privation de libertĂ©, Adeline Hazan, confirme que « le dĂ©tenu sait qu’il risque des reprĂ©sailles s’il porte plainte ».
Certains critiqueront ce documentaire qui Ă©voque de façon lapidaire l’autre face de la rĂ©alitĂ© carcĂ©rale, les agressions dont sont victimes les surveillants, entre les insultes, les menaces, les attaques physiques. Mais c’est un autre sujet, et la violence rĂ©elle des uns ne justifie en rien celle des reprĂ©sentants de l’autoritĂ© judiciaire.

Comme un fil rouge de ce film, l’ex-surveillant Eric Tino, avec lequel l’auteure a publiĂ© un livre dĂ©but 2016 (Moi, maton, j’ai brisĂ© l’omerta, Editions du moment), illustre combien la violence peut exister entre surveillants. Si l’un d’entre eux rompt la solidaritĂ© de l’uniforme pour dĂ©noncer un collĂšgue, c’est lui qui est sanctionnĂ©.
Le Monde