D’un cĂ´tĂ©, trois petits caĂŻds qui, Ă  force de semer le trouble dans les prisons qu’ils frĂ©quentaient, se sont retrouvĂ©s Ă  la Centrale d’Arles, thĂ©oriquement rĂ©servĂ©e aux grands voyous. De l’autre, un habituĂ© des cours d’assises, condamnĂ© Ă  la prison jusqu’en 2044 pour son appartenance au « gang des saucissonneurs », qui ligotait et dĂ©pouillait leurs victimes chez elle, mais aussi pour une sĂ©rie de braquages et une Ă©vasion du tribunal d’Aix-en-Provence en 2008.
Le 14 mai dernier, dans les couloirs de la prison d’Arles, les petites frappes ont rĂ©uni leurs forces pour s’en prendre au gros poisson. CĂ©dric, Soufiane et Nourislam ont attendu de longues minutes Ă  proximitĂ© la porte de la cellule de Patrick. Lorsque celui-ci est sorti de sa cellule avec son codĂ©tenu, CĂ©dric s’est prĂ©cipitĂ© sur lui pour lui assĂ©ner un coup de poing d’une extrĂŞme violence, alors que la victime Ă©tait de dos. Patrick est tombĂ© au sol, inconscient. Ses trois agresseurs l’ont ensuite rouĂ© de coups de pieds au niveau du ventre et de la tĂŞte. Le codĂ©tenu de Patrick a alors sorti un poinçon pour tenter de les faire fuir. Il a lui aussi essuyer des coups de la part d’Eric et Soufiane, armĂ© d’une paire de ciseaux, mais s’en sortira indemne, contrairement Ă  Patrick, victime d’un traumatisme crânien.

Hier, le tribunal correctionnel de Tarascon a tentĂ© de comprendre ce qui avait poussĂ© les trois agresseurs Ă  s’en prendre Ă  celui qui « dans la hiĂ©rarchie de la prison d’Arles, est au sommet de la chaĂ®ne », dixit l’avocat des prĂ©venus, RĂ©mi Champru. Depuis le box, CĂ©dric, Soufiane et Nourislam ont racontĂ© la mĂŞme histoire. Celle de clans, de protection et de complicitĂ©s qui se font et dĂ©font au grĂ© des embrouilles qui sont le quotidien de la dĂ©tention. Ce 14 mai, les trois caĂŻds avaient une conviction, celle que Patrick et les siens allaient s’en prendre Ă  eux. « PrĂ©parez vos lames » aurait entendu l’un d’entre eux depuis les douches.
« Je n’avais pas dormi de la nuit parce que j’ai beaucoup Ă  perdre alors que lui n’a rien Ă  perdre, explique CĂ©dric, un voleur rĂ©cidiviste libĂ©rable en 2020. Je sors dans pas longtemps et j’ai un enfant qui m’attend dehors. » Soufiane, 22 ans, est le plus jeune dĂ©tenu de la Centrale. Une foule de petites agressions l’ont conduit au milieu des gros bonnets. « Je me retrouve avec des meurtriers, des terroristes, des schizos, des bipolaires. Alors j’ai peur, je sors toujours de ma cellule armé », dit-il au juge. Nourislam a Ă  peu près le mĂŞme profil. Lui aussi dit avoir eu peur de Patrick. « On Ă©tait en danger de mort. Quand on sait qu’on est en prison jusqu’en 2044, on est capable de tout », lance-t-il au juge.

Patrick, 32 ans, assiste aux dĂ©bats depuis sa prison par videoconfĂ©rence. « Ils ont eu une crise de paranoĂŻa, lâche-t-il. Avant, c’Ă©tait des amis, j’ai pas compris ». On sent qu’il aurait des choses Ă  dire, mais affiche un dĂ©tachement tel qu’il en est suspect. « Il faut les aider ces petits jeunes, ça ne sert Ă  rien de les laisser en prison. »
La procureure s’interroge sur les vraies raisons de cette agression. « Une logique de clan ? Une volontĂ© d’ĂŞtre transfĂ©rĂ© vers un autre Ă©tablissement ? » Elle demande deux ans de prison Ă  l’encontre des prĂ©venus.
Pour Me Champru, ses clients Ă©taient « convaincus qu’un drame pouvait se produire dans la cour de promenade. Ils Ă©taient terrorisĂ©s par Patrick. Cette agression leur a semblĂ© la moins mauvaise solution.  »

Eric et Soufiane ont Ă©copĂ© d’un an de prison, Nourislam de 8 mois.
La provence

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