Par habitude de sécurité, Marc ne donnera ni son nom ni son grade. On saura tout juste, outre son prénom, qu’il est officier, parmi les 46 ERIS de Lille. Pour cet « homme de l’ombre » comme il se définit, marcher en cadence en pleine lumière sur « la plus belle avenue du monde » est un événement.
Au téléphone ce jeudi matin, il a tout juste « vingt minutes avant de recevoir les derniers ordres ». « On s’entraîne très fort depuis le 26 juin, encadrés par des militaires à la base de Satory (en région parisienne) », précise-t-il, en n’oubliant pas de citer ses camarades du « 59 » : « Jean-Charles, Christophe et Samuel ». Ce matin, le peloton pénitentiaire comptera une quarantaine de défilants, de toute la France.

« C’est une valorisation de notre métier »
Depuis plus de deux semaines, donc, Marc et les autres apprennent un « travail très technique, perfectionniste, le respect des ordres, la simultanéité des saluts, le respect, la coordination »… pour « un résultat visuel de très bonne qualité ». Mercredi, lors de la répétition générale sur les Champs-Élysées, « validée par le gouverneur militaire de Paris » devant la ministre de la Défense Florence Parly, Marc a eu un petit pincement au cœur. « C’est une valorisation de notre métier, on a l’habitude d’intervenir en milieu carcéral, dans l’anonymat. »

Vendredi matin, les ERIS troqueront exceptionnellement leurs cagoules noires d’intervention contre des casquettes. Pour les reconnaître, ils porteront leurs tenues d’intervention toutes noires, et les ERIS 59 arboreront, en plus de l’emblème de la pénitentiaire, le logo régional, « un écusson jaune avec le lion des Flandres ». « On est en 29e position des troupes défilantes à pied », donc vers la fin du cortège pédestre.

« La boule au ventre »
À quoi pensera Marc, à part à ses pas ? « C’est honorant… Je penserai aux millions de Français qui nous regardent en vrai ou à la télé. » Parmi tous ces anonymes, la famille, requise pour enregistrer les images du jour de gloire, à destination des futurs petits-enfants : « On se le passera et repassera, ça je peux vous le dire ! » Et la fille de Marc, qui sera là, en vrai, dans le public : « Pour elle, c’est énormément de fierté, c’est hyper valorisant. »
Ce vendredi matin, Marc a prévu de se lever « très tôt ». Il prendra « un petit-déjeuner qui tient au corps », et tentera de faire rétrécir « la boule au ventre ». Pendant que le président de la République effectuera sa revue des troupes, pendant le défilé, dont il essaiera de graver chaque image très précisément dans sa mémoire.
Les ERIS, c’est quoi ?


Les Équipes régionales d’intervention et de sécurité font partie de l’administration pénitentiaire, dont les membres prennent part au défilé du 14 Juillet pour la deuxième année consécutive. L’année dernière, l’École nationale de l’administration pénitentiaire (ENAP) était de la même manière mise à l’honneur.

Les ERIS ont été créées en 2003, et depuis, seules trois femmes ont été recrutées. Ces équipes sont les troupes d’élites de la pénitentiaire, comparables au RAID ou aux CRS, c’est selon. Leurs missions sont de gérer les incidents graves en détention, comme les mutineries ou les prises d’otages, mais elles peuvent aussi escorter des détenus jugés dangereux, lors de leur comparution devant la justice, par exemple (voir le reportage ci-dessous).
Il y a neuf ERIS en France métropolitaine (une pour chaque direction interrégionale), dont les agents sont mobilisables 24 heures sur 24. Les ERIS 59 comptent 46 agents.

La voix du nord