Face au grand fossé qui entoure la maison d’arrêt de Sequedin, Benoît Normand, délégué syndical UFAP-UNSA-Justice, cite Coluche : « C’est toujours mieux que si c’était pire. » Comprendre : avant que la pénitentiaire ne décide de creuser ce trou, large d’environ 4 mètres et d’une profondeur que nous avons estimée à près de 3 mètres en moyenne, il y avait davantage de colis projetés.
« On a déjà eu des journées à cent, cent vingt projections », indique le surveillant. Ça, c’était avant la fin du mois de septembre 2016, lorsque la terre autour de la prison était encore plate. Mais si le grand fossé, qui a coûté quelque 300 000 €, a freiné les velléités des livreurs illégaux, il ne les a pas non plus complètement stoppées. « Depuis le début de l’été, on est repartis à 30 à 50 colis par week-end ! »
Mais comment font-ils ? Tout d’abord, certains, rares, tentent le saut en longueur au-dessus du fossé ; un surveillant posté au mirador atteste l’avoir déjà constaté. Ensuite, ils découpent le grillage, et lancent. Un manège qui est davantage nocturne, depuis que les douves existent. Il leur faut tout de même désormais plus de temps avant d’arriver à leur but.
Les colis, sur lesquels sont souvent écrits les surnoms des détenus « livrés », sont empaquetés à l’aide de gros scotch, et balancés dans la cour de promenade des hommes. Les femmes incarcérées ne se livrent pas à ce passe-temps illégal. Aux heures de promenade, deux fois par jour, les rôles sont bien répartis. Un détenu ramasse les colis et les envoie rapidement à d’autres prisonniers, restés eux dans leurs cellules. Ces derniers les font remonter dans les étages grâce à un système de yo-yo. Tout cela en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Autre mode opératoire constaté récemment par les surveillants : les lanceurs visent l’espace entre les deux bâtiments. Les colis sont parfois enveloppés dans des sacs à patates afin d’être plus facilement « accrochables » pour être « pêchés » depuis les cellules. Par ailleurs, des « petites livraisons » sont placées dans des balles de tennis, faciles à jeter.
Une vingtaine de téléphones portables
Les surveillants parviennent à en intercepter une bonne partie. Le week-end dernier, se trouvaient dans les colis une vingtaine de téléphones portables (interdits en détention). Benoît Normand craint que le terrain de football à l’intérieur de la prison, qui doit être remis en état à la rentrée, ne soit une nouvelle piste d’atterrissage pour colis. D’autant que, selon lui, le mirador chargé de le surveiller « est tellement en mauvais état que tu ne vois pas à travers la fenêtre ». S’il est important que les détenus puissent se dépenser, pour leur réinsertion, Benoît Normand pointe une « question de priorités ».
Qu’y a-t-il dans un colis ?
Les lanceurs de colis se garent en « warnings » sur la bretelle de l’A25 qui longe la prison de Sequedin, descendent et, le plus souvent, visent la cour de promenade des hommes. Les colis sont utilisés pour « livrer » des marchandises ou des objets illégaux, qu’il est impossible de faire entrer par les parloirs : cannabis, alcool, téléphones portables, et parfois de la viande. En général, cette viande est halal, puisqu’il n’y en a pas en détention. Certains prisonniers se sont même déjà fait lancer des kebabs ! Plus grave, il est déjà arrivé que les surveillants trouvent dans un colis un couteau.
Des lanceurs incarcĂ©rĂ©s… Ă  Sequedin
Lorsque l’agent posté au mirador voit un lanceur, il a pour mission d’alerter la police. Parfois, les délinquants sont arrêtés : s’ils sont majeurs, on les croise dans les comparutions immédiates au tribunal correctionnel de Lille. « S’ils prennent de la prison ferme, devinez où ils atterrissent : ici, à Sequedin, où ils sont accueillis comme des héros ! », râle Benoît Normand, délégué syndical UFAP. Les surveillants n’ont pas le droit d’intervenir en-dehors de l’enceinte de la prison. Des équipes de sécurité pénitentiaires sont en projet, dans ce but-là précisément.

La voix du nord

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