Un millier de tĂ©lĂ©phones portables sont saisis chaque annĂ©e Ă  la maison d’arrĂŞt de Seysses oĂą ils servent Ă  contrĂ´ler les trafics et Ă  menacer les familles de co- dĂ©tenus ou de comparses pas assez dociles.
Les surveillants les appellent les «projeteurs». De jour comme de nuit, ces parents ou amis de dĂ©tenus franchissent, en suivant Ă  pied le cours de la Saudrune, les quelques centaines de mètres qui sĂ©parent les courts de tennis de l’enceinte de la maison d’arrĂŞt de Seysses. Parvenus au pied du glacis situĂ© Ă  l’aplomb d’une des deux cours de promenade, ils jettent par-dessus l’enceinte le «colis» destinĂ© Ă  un dĂ©tenu. Il s’agit parfois d’un morceau de shit, d’un peu d’alcool dans une bouteille plastique de type yaourt Ă  boire, d’un Opinel et le plus souvent d’un tĂ©lĂ©phone portable. Ensuite la procĂ©dure est bien rĂ©glĂ©e. Un dĂ©tenu dĂ©signĂ© pour faire la mule rĂ©cupère le colis lors de la promenade et le remet discrètement Ă  son destinataire qui a passĂ© commande via son tĂ©lĂ©phone portable. Ă€ l’intĂ©rieur de la prison, les portables court-circuitent les parloirs et imposent dĂ©sormais leur logique du temps rĂ©el. Chaque annĂ©e, environ un millier de tĂ©lĂ©phones sont saisis et aussitĂ´t remplacĂ©s par de nouveaux arrivages. «Celui qui purge une peine, s’il a un business dehors, continue de l’exercer avec son tĂ©lĂ©phone», explique Nicolas François secrĂ©taire local du syndicat pĂ©nitentiaire des surveillants Ă  Seysses.
Les tĂ©lĂ©phones sont aussi devenus les nouveaux vecteurs de la loi carcĂ©rale. Depuis sa cellule, un caĂŻd n’hĂ©site plus Ă  menacer directement la famille d’un rival ou d’un comparse qui lui doit de l’argent. «Au cours du grand week-end du 15 aoĂ»t, un dĂ©tenu s’est fait casser la mâchoire parce que son frère doit des comptes Ă  des gars Ă  l’extĂ©rieur. Pour lui mettre la pression ils ont fait faire le travail depuis l’intĂ©rieur», poursuit le surveillant. Plus besoin dĂ©sormais d’attendre les parloirs hebdomadaires pour faire passer l’information. La porositĂ© entre la maison d’arrĂŞt et l’extĂ©rieur est dĂ©sormais totale comme en tĂ©moignent les rĂ©centes bagarres qui ont Ă©clatĂ© après les règlements de compte mortels Ă  la Reynerie et Ă  Bagatelle. Sous le regard impuissant du personnel, l’omniprĂ©sence des portables aggrave encore les tensions liĂ©es au trafic endĂ©mique du shit : en mars dernier deux surveillants qui venaient d’intercepter un tĂ©lĂ©phone ont Ă©tĂ© blessĂ©s.
Depuis la mise en place de grillages de protection en janvier 2015 la taille des colis projetĂ©s a diminuĂ©, mais les tĂ©lĂ©phones de plus en plus miniaturisĂ©s continuent de tomber du ciel. «Une fois arrivĂ©s dans les cellules oĂą les dĂ©tenus sont souvent trois, mĂŞme si on les dĂ©couvre, ils n’appartiennent plus Ă  personne,», ironise un surveillant. Pour Nicolas François, seule une fouille gĂ©nĂ©rale permettrait peut-ĂŞtre de calmer le jeu. «Mais l’opĂ©ration est très coĂ»teuse et l’administration s’y refuse», regrette-t-il. Une opĂ©ration coup de poing de ce type risquerait Ă©galement de remettre en cause le fragile Ă©quilibre d’une prison surpeuplĂ©e oĂą les personnels ne cessent de rĂ©clamer des renforts.
Silence de la Garde des sceaux après l’appel au secours des gardiens
Dans une lettre ouverte adressĂ©e Ă  la garde des Sceaux Nicole Belloubet Ă  la suite de trois agressions survenues en mars dernier, l’intersyndicale SPS, FO, Ufap, met en garde la ministre face au surpeuplement de la prison et l’insuffisance des effectifs qui contraint, au mĂ©pris des règles de sĂ©curitĂ©, Ă  faire effectuer par un seul surveillant des tâches dangereuses qui nĂ©cessitent un travail en binĂ´me. Dans ce courrier les syndicats de surveillants qui affirment partager le mĂŞme constat alarmant avec leur direction demandent la crĂ©ation urgente de 21 postes afin de faire face Ă  la rĂ©alitĂ© quotidienne de la maison d’arrĂŞt. PostĂ© le 29 juin, cette lettre ouverte n’a pour le moment suscitĂ© aucune rĂ©ponse de la ministre.
Le chiffre : 1 120 dĂ©tenus > pour 670 places. Le 2 mai 2017, les avocats du barreau de Toulouse ont rĂ©digĂ© une motion pour dĂ©noncer la surpopulation chronique depuis 2012 Ă  la maison d’arrĂŞt de Seysses. Plus de 120 dĂ©tenus dormaient alors sur des matelas posĂ©s Ă  mĂŞme le sol et l’incarcĂ©ration individuelle qui devait ĂŞtre la norme lors de l’ouverture de l’Ă©tablissement en 2003 Ă©tait rĂ©servĂ©e aux seuls prisonniers nĂ©cessitant des conditions de dĂ©tention spĂ©ciales. Les difficultĂ©s engendrĂ©es par cette promiscuitĂ© s’ajoutent Ă  un dĂ©ficit d’effectifs qui contraint les gardiens Ă  surveiller seuls des Ă©tages oĂą cohabitent 110 dĂ©tenus.
La depeche