«Ça m’a pris environ deux mois pour obtenir un téléphone. C’est un Samsung à clapet que j’ai acheté 250 euros à un autre détenu. Il vaut 29 euros dehors. Quand on connaît déjà quelqu’un sur place ou qu’on a de l’argent, c’est rapide. Il arrive aussi que des surveillants achètent des iPhone 5C à 200 euros pièces sur Le Bon Coin car il y a moins d’éléments métalliques à l’intérieur. Ils les revendent entre 800 et 1 000 euros aux détenus, généralement des gros profils qui ne balanceront pas, après les avoir préparés dans un taxiphone pour qu’ils ne sonnent pas aux portiques.
«Ici, entre 80 et 85 % des détenus possèdent un portable et l’administration pénitentiaire le sait très bien. C’est très hypocrite. Les cabines téléphoniques de la prison ne servent à rien. On est tout le temps écouté et ça coûte cher [environ 80 centimes la minute, ndlr]. Y a aussi des téléphones à oreillettes, les Yamayahoo. Ils coûtent 150 euros en prison, mais ils sont nuls. En revanche, eux ne sonnent pas au parloir.
«Le portable me permet notamment d’appeler ma famille, ma meuf, de prévenir pour faire un mandat cash… Avant-hier, j’ai d’ailleurs pu prendre des nouvelles de ma petite sœur qui a accouché. Quand on est incarcéré, c’est la merde. Le portable, c’est une fenêtre vers la sortie. Ça me fait du bien moralement. Ils savent très bien qu’ils ne pourraient pas gérer les prisons sans ça. On passe un maximum de temps entre quatre murs. Sans mobiles, ça bloquerait en promenade et les mecs refuseraient de rentrer dans leur cellule.
«Est-ce que ça aggraverait les problèmes de sécurité si on les autorisait ? Aujourd’hui, le pourcentage d’évasions en France est très faible [seize l’année dernière, hors permissions de sortie, selon l’administration pénitentiaire, ndlr]. Les mecs en prison possèdent tous déjà un portable. Alors celui qui a pris dix ans pleins, qui ne voit pas le bout du tunnel, peut-être qu’il envisage de s’évader… mais ceux qui ont des peines de moins de cinq ans ne vont pas partir en cavale.»
Libération