• L’administration pĂ©nitentiaire lance jusqu’au 12 dĂ©cembre, une vaste campagne de recrutement pour embaucher 1.000 surveillants supplĂ©mentaires sur toute la France.

• 20 Minutes est allĂ© Ă  la rencontre des gardiens de la maison d’arrĂŞt de Corbas.

• Aujourd’hui, leur mission ont Ă©voluĂ©. Ils ne dĂ©finissent plus comme des «porte-clĂ©s».

Un bruit assourdissant remonte des coursives. Des coups donnés à répétition. Ils résonnent et s’amplifient dans les couloirs de la maison d’arrêt de Corbas, accueillant près de 900 prisonniers. Les noms d’oiseaux fusent. Il est 14h. Un détenu, enfermé dans 11mètres carrés, impatient, tambourine inlassablement sur la lourde porte en fer de sa cellule, invectivant les surveillants.

« On finit par s’habituer », lâche Ryan (1), 38 ans, « gardien de prison » depuis neuf ans. « Quand ils sont frustrés de ne pas sortir, ou lorsqu’on ne vient pas les voir rapidement, ils s’expriment de la sorte ». Dans le bâtiment MAH1, près de 230 hommes sont entassés. Ceux-là n’ont pas le droit aux activités. Alors parfois, les esprits s’échauffent.

Un surveillant pour 80 détenus dans chaque allée

D’un côté, le détenu, qui craque. De l’autre, le « maton », qui est obligé la nuit de composer avec les coups de gueule des prisonniers « ayant surtout envie de parler à quelqu’un ». Le gardien, qui se « sent un peu seul au monde », arpentant les allées de sa « coursive », sans aucun contact avec son collègue posté à l’étage supérieur.

« Il y a actuellement un surveillant pour 80 détenus dans chaque couloir. Forcément, on ne peut pas traiter toutes les demandes. On fait en fonction des priorités ». Comme les sorties au parloir ou les visites médicales. Une réponse négative un peu trop ferme et le ton monte rapidement. « On se fait traiter d’enc….mais le lendemain, la même personne va venir vous saluer avec le sourire », poursuit-il. « Il ne faut pas être rancunier. On fait abstraction de tout ça et surtout, on apprend avec l’expérience ».

« Le tout est de savoir mettre les formes »

De l’expérience, Guillaume n’en a guère pour l’instant. Le jeune homme de 25 ans, qui n’avait « jamais imaginé faire ce métier-là un jour », a enfilé l’uniforme de surveillant l’an dernier. « Ce n’est pas facile tous les jours car on ne peut pas satisfaire leurs demandes tout de suite. Les jeunes n’acceptent pas la discipline et ne supportent pas d’attendre. En revanche, les anciens sont bien plus respectueux », glisse-t-il.

« Il y a une façon de dire les choses. En général, on prend le temps d’expliquer la raison de notre refus. On peut être ferme sans qu’ils se sentent agressés. Le tout est de mettre les formes », enchaîne Anna. La clé du respect, c’est aussi « tenir parole quand on dit quelque chose », selon Maude, surveillante depuis 14 ans. « C’est comme cela qu’on devient crédible et qu’on se fait respecter. Si l’on explique à un détenu qu’on ne peut pas accéder à sa demande mais qu’on le fera le lendemain sans faute, ça passe bien mieux. Et sans crier », ajoute-t-elle.

Mais les « nouveaux », souvent catalogués de « psychorigides », ont parfois plus tendance à se faire malmener. « C’est un peu normal. Ils appliquent le règlement. A la sortie de l’école, ils sont formatés et adoptent une position stricte », explique Frantz. « Ensuite, ils se forgent leur personnalité sur le terrain. Le côté humain s’acquiert avec le temps ». C’est pourtant le cœur du métier, estime Ryan. La fonction a d’ailleurs évolué au fil des années.

« Nous ne sommes plus des porte-clés »

« Nous ne sommes plus des « porte-clés ». Aujourd’hui, nous jouons un tas de rôles au quotidien », poursuit Maude, qui a connu les prisons de Perrache, surnommées la «marmite du diable», où la vétusté et l’insalubrité étaient légion. Certes, à Corbas, la technologie a pris le pas. Les portent ou grilles permettant d’aller d’une enceinte à une autre, s’ouvrent désormais à distance, sur commande. Tout est automatique. Le « maton », n’est plus là pour faire le relais d’une pièce à l’autre. On parle de prison moderne « déshumanisée ». Et certains prisonniers regrettent l’ancien temps.

La suite sur le 20 minutes

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