đŸ‡«đŸ‡· France: «la prison ne peut plus effectuer son rĂŽle de rĂ©insertion»

Les avocats de dĂ©tenus de la prison de Fresnes, prĂšs de Paris, ont annoncĂ© jeudi 30 novembre vouloir saisir la Cour europĂ©enne des droits de l’homme. Ils dĂ©noncent la surpopulation et les conditions de dĂ©tention dans cet Ă©tablissement, qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© l’objet d’une alerte de la part du ContrĂŽleur gĂ©nĂ©ral des lieux de privation de libertĂ©, fin 2016. Un exemple parmi d’autres de l’état des prisons françaises, qui prĂ©occupe tous les observateurs.

PrĂšs de 200 % d’occupation, des dĂ©tenus trĂšs souvent Ă  trois par cellule, des conditions d’hygiĂšne que le ContrĂŽleur gĂ©nĂ©ral des lieux de privation de libertĂ© (CGLPL) qualifie de « dĂ©sastreuses » – rats et punaises de lit y prolifĂšrent – et un manque criant de personnel. A la maison d’arrĂȘt pour hommes de Fresnes, les problĂšmes accumulĂ©s mettent en lumiĂšre des maux qui affectent plus gĂ©nĂ©ralement les prisons françaises.

A commencer par leur surpopulation : prĂšs de 80 000 personnes sont incarcĂ©rĂ©es en France – prĂ©cisĂ©ment 79 999 au 1er novembre 2017 – pour moins de 60 000 places disponibles. Un problĂšme que la construction de nouvelles prisons ne rĂ©sout pas, puisque le nombre de dĂ©tenus augmente systĂ©matiquement plus vite que le nombre de cellules. « Il y a toujours plus de peines, plus de mandats de dĂ©pĂŽt, les peines sont plus longues, plus de mineurs sont incarcĂ©rĂ©s », rĂ©sume Adeline Hazan, ContrĂŽleure gĂ©nĂ©rale des lieux de privation de libertĂ©.

Des maisons d’arrĂȘt bondĂ©es

La situation est particuliĂšrement critique en maison d’arrĂȘt, lĂ  oĂč sont retenus les prĂ©venus pas encore jugĂ©s et ceux condamnĂ©s Ă  des peines courtes, infĂ©rieures Ă  deux ans. Ce sont elles qui sont surpeuplĂ©es, avec en moyenne 141 % d’occupation et des pics Ă  plus de 200 % dans certains Ă©tablissements.

Non seulement cela signifie que les dĂ©tenus y sont trĂšs majoritairement plusieurs par cellule, mais Ă©galement que leurs conditions d’incarcĂ©ration sont fortement dĂ©gradĂ©es. « Pas mal de prisonniers dorment par terre, sur des matelas », dĂ©nonce François BĂšs, responsable du pĂŽle enquĂȘtes Ă  l’Observatoire international des prisons.

Surtout, ce nombre trop Ă©levĂ© de dĂ©tenus « entraĂźne une atteinte Ă  la plupart des droits fondamentaux », dont notamment « le droit Ă  la dignitĂ©, ou les droits familiaux » renchĂ©rit Adeline Hazan. La surpopulation carcĂ©rale n’est pas qu’un problĂšme isolé : elle exacerbe tous les dysfonctionnements des prisons françaises.

Manquements Ă  l’hygiĂšne…

Lors de ses visites, la ContrĂŽleure gĂ©nĂ©rale des prisons constate ainsi « assez souvent des problĂšmes d’hygiĂšne et d’humidité ». Les nuisibles, Ă  Fresnes comme ailleurs, constituent « un problĂšme sanitaire qui met en danger non seulement les dĂ©tenus, mais aussi les personnels prĂ©sents sur place », abonde François BĂšs.

Rester propre devient Ă©galement une gageure : « quand des douches sont prĂ©vues pour cent personnes qui se lavent trois fois par semaine et qu’elles en accueillent trois cents, elles se dĂ©gradent plus rapidement », souligne le militant. Dans une lettre envoyĂ©e Ă  la ContrĂŽleure, un dĂ©tenu raconte par exemple sa dĂ©tresse face Ă  des douches communes « dans un Ă©tat dangereux pour la santĂ©, car il s’y trouve des champignons visibles, de la moisissure, un systĂšme de ventilation inexistant, une intimitĂ© inexistante, car absence de portes aux douches, aucune fenĂȘtre pour ventiler ou aĂ©rer ».

…Et accĂšs aux soins difficile

Dans ces circonstances, les problĂšmes de santĂ© s’aggravent, alors mĂȘme que « comme il y a beaucoup plus de demandes que de moyens », les dĂ©lais de prise en charge sanitaire sont trĂšs longs, se dĂ©sole François BĂšs. Les dĂ©tenus peuvent attendre plusieurs mois pour consulter un spĂ©cialiste, voire plusieurs annĂ©es dans certaines maisons d’arrĂȘt en zone rurale, plus difficiles d’accĂšs pour les mĂ©decins.

S’ensuit une souffrance physique, mais aussi psychologique, renforcĂ©e par la promiscuité – gĂ©nĂ©ratrice de violences – et le dĂ©sƓuvrement des prisonniers. Leur nombre diminue en effet leur accĂšs au parloir, donc le contact avec leurs proches. Par manque de moyens, ils perdent aussi frĂ©quemment leurs possibilitĂ©s de se former, de travailler ou mĂȘme de faire du sport.

Autant de problĂšmes complexes Ă  chiffrer et donc Ă  mettre en valeur, mais dont les effets sont dramatiques, explique sans langue de bois Adeline Hazan. « Globalement, la prison en France ne peut plus effectuer son rĂŽle de rĂ©insertion. La rĂ©alitĂ©, c’est que souvent les dĂ©tenus sortent encore plus dĂ©-insĂ©rĂ©s, y compris pour les courtes peines. »

Surveillants sous pression

ConfrontĂ© Ă  cette conjoncture, le personnel des prisons en subit Ă©galement le contrecoup. François BĂšs remarque une explosion du nombre de demandes de mutations chez les surveillants. Dans les centres surpeuplĂ©s, « tout retard a des consĂ©quences sur les autres tĂąches Ă  effectuer, donc le personnel vit une pression extrĂȘme ». Ce qui fait qu’ils « n’ont pas le temps d’individualiser les rapports avec les dĂ©tenus, de rĂ©gler les problĂšmes, de dĂ©samorcer les tensions ». Impossible ou presque pour eux d’effectuer toute la partie humaine de leur travail. Un vĂ©ritable cercle vicieux, puisque ce manque de communication favorise l’apparition des tensions.

D’autant plus que les surveillants sont en sous-effectif constant et « travaillent dans des conditions indignes », s’alarme Adeline Hazan. Plus il y a de prisonniers, moins il semble y avoir de personnel pour les encadrer : « à Fresnes ou Ă  Nanterre par exemple, il y a souvent un surveillant pour une centaine de prĂ©venus ». Pire, « 70 % des surveillants de Fresnes sont des stagiaires, trĂšs jeunes », qui ne sont habituĂ©s ni Ă  une telle charge de travail, ni Ă  la pression quotidienne qu’ils vivent.

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