L’ancien directeur de la maison d’arrĂŞt de Sarreguemines avait jugĂ© le geste de son surveillant envers un dĂ©tenu disproportionnĂ©. Il avait lui-mĂŞme saisi le parquet alors que la victime ne souhaitait pas porter plainte. Le fonctionnaire Ă©tait jugĂ©, hier, au tribunal correctionnel de Sarreguemines pour « violence par une personne dĂ©positaire de l’autoritĂ© publique ». Une quinzaine de ses collègues Ă©taient prĂ©sents Ă  l’audience, en soutien.

Versions contradictoires

Les faits remontent au 3 mars dernier. Durant une demi-heure, un détenu fait du tapage, voulant sortir de sa cellule. Comme le chef de détention demande à le voir, le surveillant va le chercher. Les versions diffèrent alors. Le gardien affirme que le détenu ne voulait pas sortir : « Je ne voulais pas qu’il se retranche dans la cellule. Par réflexe, je l’ai pris par le bras pour le sortir. Il est tombé à terre et s’est heurté la tête. Pour moi, c’est accidentel. » Le détenu dément : « J’étais en train de mettre mes chaussures pour le suivre. Je ne comprends pas pourquoi il m’a chopé et projeté contre le mur. » La victime souffre d’une plaie superficielle sur l’avant du crâne. « Je ne voulais pas le blesser », maintient le surveillant. « Pourtant, vous pouviez prévoir que ce geste pouvait être dangereux. Vous ne pouviez pas attendre et le faire sortir plus tard ? », rétorque le juge Burckel. « Il était excité, nous étions déjà intervenus », répond le prévenu.

Vidéo à l’audience

« Il savait qu’en l’empoignant comme cela, il pouvait le blesser, dénonce l’avocate de la victime. Il y avait du tapage avant, mais quand ils sont venus le chercher, il était calme. Le métier de surveillant pénitentiaire est difficile mais ça n’excuse pas ce qu’il s’est passé. » Elle s’appuie sur la vidéo de la coursive, diffusée à l’audience : « Les faits sont minimisés : son crâne était plein de sang et il est resté longtemps à terre. »

Pour le procureur Jean-Luc Jaeg, il y a bien un acte volontaire en le tirant de façon si énergique. « Le surveillant pouvait prévoir un dommage corporel. Le recours à la force est autorisé lorsqu’il y a résistance par inertie à l’ordre donné. Ici, les choses sont allées si vite, que le détenu n’a pas eu le temps de refuser de sortir. » Il requiert trois mois avec sursis.

Encadré mais autorisé

« Il ne faut pas oublier que c’est un surveillant pénitentiaire face à un détenu récalcitrant. Le recours à la force est encadré, mais autorisé », plaide Me Gagneux, avocat de la défense. « Cette poursuite est juridiquement infondée et politiquement malvenue. Pour mon client et ses collègues, c’est une marque de défiance qui leur est adressée. » Il ajoute que tout surveillant apprend à ne jamais laisser un détenu reclus dans sa cellule. « Mon client applique mécaniquement ce qu’on lui a appris à faire : il le sort, car il est plus facile de le gérer sur la coursive que dans la cellule. » Il demande la relaxe : « Si vous le condamnez, plus aucun surveillant ne voudra user de la force. »

Le tribunal considère que le temps est trop bref entre le moment où le surveillant entre dans la cellule et celui où il sort le détenu. Il condamne le quinquagénaire à quatre mois de prison avec sursis. Le surveillant devra en outre verser 800 € de dommages et intérêts à la victime. Me Gagneux a indiqué que son client ferait appel.

Le RĂ©publicain-Lorrain

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