Le directeur du centre de détention de Châteaudun a fermé une dernière fois les portes de l’établissement, jeudi soir. L’ultime geste d’une carrière intense, entre violences et relations humaines intenses.

Après quarante et un ans dans la pénitentiaire, Régis Pascal, directeur du centre de détention de Châteaudun, 66 ans, a du mal à réaliser. Il a la sensation de vivre une énième mutation. Pourtant, cette fois-ci, la porte de la prison se ferme définitivement. Il laisse derrière lui des souvenirs d’une violence inouïe, mais aussi une carrière enrichissante qu’il a toujours menée avec passion.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du milieu en quarante ans ? L’évolution est très positive. J’ai en tête deux grandes avancées marquantes, l’arrivée des parloirs sans séparation et la télévision. J’ai connu jusqu’à cinq détenus dans une même cellule, avec des matelas au sol en maison d’arrêt. Aujourd’hui, le parc pénitentiaire est rénové. Le travail, la formation professionnelle, la culture, l’éducation et l’offre de soins dans les établissements se sont développés.

Lorsque j’étais à la maison d’arrêt de Fresnes, je voyais tous les mois le bourreau venir graisser la guillotine

Lorsque vous avez débuté, la peine de mort existait toujours… Oui, j’ai gardé deux condamnés à mort qui ont été graciés. Lorsque j’étais à la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne), je voyais tous les mois le bourreau venir graisser la guillotine.

Avez-vous côtoyé de grands criminels ? Je me souviens bien de Jacques Mesrine, quand il était à Fresnes, au quartier de haute sécurité. Il avait mis le feu à la porte de sa cellule. Mesrine avait aussi dédicacé son livre L’Instinct de mort au chef d’escorte de la gendarmerie mobile, lors de son extraction pour la cour d’assises. Tout l’établissement en parlait.

Nous vivons des scènes d’horreur, comme des suicides, et subissons des violences physiques. Mais ce métier est riche humainement et nous vivons aussi de bons moments

Quel est votre plus beau souvenir ? C’était pendant un arbre de Noël, le regard d’une fille de détenue de 3 ans lorsqu’elle a vu sa mère, le Père Noël, les cadeaux et le sapin.

Le pire ? Nous vivons des scènes d’horreur, comme des suicides, et subissons des violences physiques. Mais ce métier est riche humainement et nous vivons aussi de bons moments quand on voit l’évolution des collègues ou la réinsertion de détenus, par exemple.

Quelle anecdote marquante pourriez-vous partager avec nous ? L’arrivée du VIH en détention et les peurs que ça a pu générer, chez les détenus comme chez les surveillants, lorsque les modes de contamination n’étaient pas encore clairement identifiés. Certains détenus ne voulaient pas prendre de douche derrière d’autres.

Votre passage à Borgo, en Corse, a été une période difficile… L’application de la loi n’a effectivement pas toujours été bien perçue en Corse. J’ai reçu des menaces de mort et vécu les cinq derniers mois là-bas escorté en permanence par deux gardiens de la paix. Je bénéficiais d’une protection du service de protection des hautes personnalités (SPHP).

Comment envisagez-vous de vous occuper à la retraite ? Je vais m’installer en Charente, où j’ai postulé pour devenir délégué du Procureur de la République. J’envisage aussi de m’occuper de mes enfants et de faire du sport.

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