Six prévenus étaient jugés, ce mardi 14 août, à Clermont-Ferrand, dans une affaire de trafic de drogue piloté depuis la prison de Riom. L’enquête de la police judiciaire avait révélé des connexions entre un trafiquant multirécidiviste et un surveillant pénitentiaire. Ce dernier a été condamné pour corruption passive.

« Ça fait deux ans et demi que je clame mon innocence, mais personne ne m’écoute. Franchement, je deviens fou?! »

L’homme qui se défend à la barre du tribunal clermontois, voix forte et regard noir, a travaillé pendant dix-huit ans dans l’administration pénitentiaire. Il fait valoir son « amour du métier », des états de service « parfaits ». Et raconte comment il a, plusieurs fois dans sa carrière, « sauvé des vies », quitte à mettre la sienne en danger.

Le quadragénaire a pourtant dû ranger l’uniforme depuis mars 2016, date de son interpellation et de sa mise en examen pour « corruption passive ». Il persiste?: « J’ai rien à voir avec cette affaire, rien à voir avec ce milieu. »

Photo d’illustration

Lorsqu’ils débutent leur enquête, en 2014, les policiers du SRPJ sont encore loin de la prison de Riom. Ils s’intéressent d’abord à un possible trafic de drogue dans le quartier de la Fontaine-du-Bac, à Clermont-Ferrand. Un homme est dans leur viseur.

Particularité?: il s’agit du frère de Karim E., 39 ans aujourd’hui, poids lourd du marché local des stups. Ce dernier enchaîne les condamnations – trente-deux avant sa comparution, mardi – et les passages derrière les barreaux. Il est écroué depuis 2011.

Fructueuses Ă©coutes

Les premières investigations démontrent que le trentenaire est bel et bien en relation avec son frère, via un téléphone caché dans sa cellule. Des écoutes sont mises en place et des dizaines de conversations interceptées.

Le dispositif, complĂ©tĂ© par des filatures, va rĂ©vĂ©ler l’existence d’un trafic orchestrĂ© par Karim E., avec le concours de soutiens dĂ©vouĂ©s Ă  l’extĂ©rieur. Kettani F., l’un de ses complices, est notamment chargĂ© de remettre cannabis et cocaĂŻne Ă  des Ă©pouses d’autres dĂ©tenus. La femme de Karim E. hĂ©rite, elle, d’une double casquette?: elle fait passer du cannabis Ă  son mari au parloir et rĂ©cupère les bĂ©nĂ©fices de la petite entreprise. Elle aurait ainsi encaissĂ© 10.900 € en mandats cash de 2014 Ă  2016. Lire la suite…