Interpellation violente à Paris : Les policiers donnent leur version des faits

L'intervention des policiers a été filmée par une vidéo surveillance. (capture écran vidéo/Loopsider)

L’affaire fait grand bruit en plein débat sur la diffusion d’images montrant les policiers, dans la loi de « sécurité globale », adoptée par l’Assemblée nationale ce mardi. Les images de l’interpellation d’un homme à Paris ont choqué et ont été vivement commentées.

Une plainte a été déposée par Michel Zecler, âgé de 41 ans, qui affirme avoir été victime de violences de la part des trois fonctionnaires et s’est vu attribuer 6 jours d’Incapacité Totale de Travail (ITT). Comme l’explique Actu17, les policiers ont également porté plainte contre le producteur de musique et ont reçu des ITT de 5, 3 et 1 jour et affirment de leur côté avoir reçu des coups et avoir fait face à la rude opposition du quadragénaire dès le départ de leur intervention.

Selon les fonctionnaires, l’homme les a repoussés avant de pénétrer dans son studio d’enregistrement. Dans leur procès-verbal, les policiers indiquent que durant leur patrouille en voiture, vers 18h30, ils ont aperçu un homme dans la rue qui ne portait pas de masque et ont décidé de le contrôler, dans la rue des Renaudes. « L’individu ne cesse de jeter des coups d’œil en direction de notre véhicule sérigraphié, paraissant nerveux ». Les policiers lui demandent alors de s’arrêter et expliquent avoir senti une « forte odeur de matière stupéfiante ». « Nous lui avons demandé à plusieurs reprises de stopper sa progression mais l’individu a refusé tout en disant à haute voix ‘pourquoi vous me contrôlez’ plusieurs fois, tout en continuant à marcher rapidement » .

Dans leur PV, les policiers écrivent, « L’homme continue son chemin et, alors que nous tentons de le saisir par le bras pour le maintenir sur place, il se débat en nous repoussant à l’aide de ses mains ». Michel Zecler entre alors dans son studio d’enregistrement tandis que les deux policiers sont déjà à son contact depuis cinq mètres selon le récit d’un des fonctionnaires. « L’individu avec sa force nous a entrainé jusqu’à la porte en métal malgré nos injonctions et le fait que nous le saisissions », ajoute-t-il. Les forces de l’ordre affirment que l’homme à l’imposant gabarit a refusé de se soumettre au contrôle. La suite se passe dans l’entrée du studio d’enregistrement et a été filmée par cette caméra de surveillance dont les images ont été rendues publiques.

« Nous tentons d’interpeller l’individu avec peine. Celui-ci se débat et nous repousse à plusieurs reprises avec ses bras en tentant de nous porter des coups et en hurlant des prénoms comme pour solliciter de l’aide afin d’échapper à notre emprise. Nous tentons vainement de procéder à son menottage ». N’arrivant pas à faire sortir Michel Zecler, l’un des policiers demandent des renforts.

Sur les images de la vidéosurveillance, il est possible de voir les policiers porter des coups à Michel Zecler, à plusieurs reprises. Des coups qu’ils ont détaillé dans leur PV d’interpellation : « Ne parvenant toujours pas à nous extraire de ce local, le gardien se saisit de sa matraque télescopique et en porte plusieurs coups au niveau du ventre, des jambes, des bras de l’homme. Ce dernier semble totalement insensible à la douleur et parvient à se saisir de la matraque télescopique par le bout. Il tente de s’en emparer ».

Comme le relate Actu17, après un moment d’accalmie, l’un des policiers parvient à rouvrir la porte d’entrée et à la maintenir ouverte. Michel Zecler refuse toujours de sortir et continue à s’accrocher là où il le peut, comme il est possible de le voir sur ces images. La scène prend fin lorsque les neuf jeunes qui se trouvaient dans le studio parviennent à ouvrir la porte et s’introduire dans l’entrée. En sous-nombre, les trois policiers décident de quitter les lieux. Ils expliquent dans leur PV, « Nous constatons la présence d’un escalier semblant donner sur un étage en sous-sol, d’où semble provenir soudainement une dizaine d’individus. Ces derniers crient à plusieurs reprises ‘on va vous défoncer’, ‘vous êtes morts’. Le brigadier tente de bloquer la porte d’accès donnant sur cet escalier, afin que la dizaine d’individus y restent bloqués, ces derniers étant susceptibles de représenter un danger imminent à notre égard ».

Des renforts sont arrivés entre temps, les occupants du studio maintiennent la porte fermée et empêchent les forces de l’ordre de rentrer, un policier utilise une grenade lacrymogènes de type MP7. Michel Zecler est interpellé peu après, tout comme les neuf jeunes qui se trouvaient dans le studio au moment des faits. 

Les trois fonctionnaires impliqués ont été suspendus dans la journée par le Directeur général de la police nationale (DGPN), à la demande de Gérald Darmanin, la préfecture de police a également demandé la suspension à titre conservatoire d’un quatrième policier affecté dans le VIIe arrondissement, qui a lancé la grenade lacrymogène dans le studio d’enregistrement. Le procureur de la République de Paris Rémy Heitz a annoncé qu’il demandait à la « police des polices » d’enquêter « le plus rapidement possible » sur ce dossier.